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Les Malaisiens ont un comportement très juste envers les voyageurs : ni indifférents, ni obséquieux. Une rareté appréciable dans un monde où les touristes sont souvent considérés comme des porte-monnaie ambulants.

Serge Jardin
 

Mes débuts en Malaisie

C’est à la fois une histoire d’amour et une opportunité professionnelle qui m’ont amené à prendre mes quartiers en Malaisie. J’y ai rencontré celle qui est devenue ma femme et m’y suis trouvé au bon moment, lorsque le pays commençait à s’ouvrir au tourisme et avait besoin de guides francophones. Il faut dire aussi que la Malaisie m’avait fait forte impression. Lors de mon premier voyage, j’ai été saisi par l’intensité des couleurs locales : le rouge puissant de la terre, le vert hypnotisant des plantations, le bleu parfait du ciel et par cette sensation quasi permanente de hammam liée à l’humidité ambiante. Quelques épisodes de pluie et inondations m’ont d’ailleurs vite permis de comprendre pourquoi les maisons étaient construites sur pilotis et à quoi servaient les drains de mousson !

Peinture murale le long du canal à Malacca, Malaisie

Un souvenir marquant

En quinze années passées au service des voyageurs Asia, je me suis constitué une belle collection de souvenirs ! Celui-ci m’a particulièrement marqué.
Nous nous trouvions au cœur de la jungle du Sarawak, dans une maison-longue chez les Ibans. Il avait plu toute la nuit transformant la petite rivière traversée à gué à l’aller en un torrent furieux. Avec des cordes et l’aide des villageois, nous avons reparcouru péniblement le chemin de la veille pour retrouver les pirogues. Mais la rivière n’était plus navigable. Il a fallu attendre plusieurs heures que la décrue s’amorce. Arrivés au bus, nous avons découvert le véhicule sur une île ! Un bras de la rivière traversait la piste ; impossible de quitter les lieux. Le jour tombait, je devais rapidement trouver une solution pour loger et nourrir au mieux une quinzaine de voyageurs fatigués. Par chance, un épicier chinois a accepté de nous héberger. La nuit a été entrecoupée d’allers-retours avec le chauffeur pour mesurer le niveau de l’eau toutes les heures puis heureusement écourtée par notre départ juste avant l’aube. Ces 24 heures denses et remplies d’imprévus, passées à remonter le moral des plus âgés, freiner l’impétuosité des plus jeunes, rassurer les couples, s’efforcer de ne pas laisser le vernis des convenances se craqueler, m’ont, comme tant d’expériences vécues ici, beaucoup appris. Et je pense que chacun en a gardé un souvenir exceptionnel. J’imagine les rescapés du déluge, raconter au retour comment ils ont affronté l’enfer vert de Bornéo !

Lever de soleil au dessus de la rivière dans la jungle de Malaisie

Se faire surprendre par ses clients

Les voyageurs peuvent être surprenants. Il arrive parfois même qu’ils nous en fassent voir de toutes les couleurs. Mais je dois le reconnaître, je ne m’ennuie jamais ! Je me souviens d’une fois où nous nous apprêtions à terminer un circuit. Un groupe d’une vingtaine de personnes devait partir en bus de l’aéroport pour aller passer la fin du séjour dans une station balnéaire. On m’a alors annoncé que l’hôtel était complet. Lorsque j’en ai informé les voyageurs, ils ont refusé qu’une partie du groupe monte dans un second bus pour rejoindre un autre hôtel. Je me suis retrouvé coincé sur le parking pendant des heures à essayer de négocier avec eux pour qu’ils acceptent de se séparer. En vain. Les équipes Asia sont finalement venues à ma rescousse en trouvant un hôtel en mesure d’accueillir tout le groupe. Un petit moment de solitude !

Terrasse d'un resort sur l'île de Perhentian en Malaisie
Paysage du parc national Bako à Sarawak, Malaisie

Un séjour émouvant


J’ai eu l’occasion de faire découvrir la Malaisie à des membres de l’Association des Paralysés de France. J’étais en charge de l’organisation du voyage de repérage et de l’encadrement de dix personnes en fauteuil roulant et de leurs accompagnants. Voir leurs yeux briller à Kuala Lumpur, Malacca, dans le parc national de Bako, le pays Iban - où nous avons aménagé des passages en bois afin qu’ils puissent circuler - et sur les plages de Bornéo fut un bonheur immense que je n’oublierai jamais !

 

 

Le trésor malaisien

Si les chefs-d’œuvre du génie créateur humain (le premier critère de sélection de l’UNESCO) sont absents, l’atout principal de ce petit pays est sans conteste sa population. Chaque habitant, quelle que soit son ethnie, mérite d’être connu : du riziculteur malais de Langkawi à l’Iban du Sarawak, du pêcheur de la mer de Sulu au boutiquier chinois de Malacca, de l’Aborigène temuan au travailleur émigré népalais, de l’ouvrière indienne à l’antiquaire jawi. Depuis que j’y vis, accueil, disponibilité et gentillesse ont toujours été au rendez-vous. Les Malaisiens ont un comportement très juste envers les voyageurs : ni indifférent, ni obséquieux. Une rareté appréciable dans un monde où les touristes sont souvent considérés comme des porte-monnaie ambulants.

Groupe de jeunes malaisiens à la sortie de l'école, Malaisie

 

Mes coups de cœur

Impossible de ne pas citer Bornéo, formant un triangle magique avec Bali et Bangkok, et plus particulièrement le Sarawak, le pays de la forêt toujours verte, du grand singe roux, des coupeurs de têtes. Et bien sûr, Malacca, où j’habite. Une ville chargée d’histoire. Une histoire qui s’est jouée sur un théâtre sans grandeur, un littoral vaporeux, monotone. L’histoire d’une séduction, l’attrait d’un nom, d’une illusion. Gorgée de sang et semée d’ossements, Malacca est un de ces lieux où l’on entend les morts chuchoter. En anglais, en arabe, en arménien, en français, en hollandais, en japonais, en malais, en portugais. Le pays a tant à offrir aux passionnés d’histoire comme moi et aux voyageurs curieux !

Ville de Malacca, site de l'UNESCO en Malaisie

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